Pharmaciens et médecins se relient pour de meilleurs soins aux patients
Une histoire de réussite du DSE
À Sault-Sainte-Marie, le DMExtra permet aux pharmaciens locaux de consulter les dossiers médicaux des cabinets de médecins.
Selon l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), les dépenses totales en médicaments auraient atteint 29,8 milliards $ en 2008, soit un taux de croissance annuel de 8,3 %. Les médicaments sur ordonnance représenteraient 84 % des dépenses totales en médicaments pour 2008. L'usage répandu des nouvelles pratiques médicales et la prévalence croissante des maladies chroniques ont créé un défi encore plus grand auquel doivent faire face les médecins et leurs patients. Particulièrement dans le cas d'un Canadien sur trois souffrant de maladie chronique, pour qui les médicaments sur ordonnance sont essentiels et dangereux si mal utilisés.
Le Group Health Centre (GHC) a mis en œuvre le programme DMExtra à Sault-Sainte-Marie en incorporant à son système les pharmaciens locaux avec le consentement des patients. L'objectif était de réduire le nombre d'erreurs de médication, d'améliorer la sécurité des patients et de favoriser une meilleure collaboration entre médecins et pharmaciens. L'Ontario Pharmacists Association et Inforoute Santé du Canada sont partenaires dans ce projet de 3,5 millions $ et les deux organisations projettent d'appliquer la technologie et le processus dans d'autres régions.
Plus de 100 professionnels de la santé du GHC utilisent déjà le système pour faciliter leur travail et pour améliorer l'état des patients. Composé d'un logiciel sophistiqué et sécurisé, le système de dossier médical électronique a été offert à l'essai à toutes les pharmacies de Sault-Sainte-Marie.
Le cas de Karen Madill, une ex-infirmière qui a participé à ce projet-pilote comme patiente, est un bon exemple de la complexité du défi à relever. « Ma santé est très, très compliquée », dit-elle. « Quand je suis revenue à Sault-Sainte-Marie, j'étais en bonne santé. Puis j'ai développé un lupus, puis une fibromyalgie, suivie d'ostéoporose et d'une hépatite chronique active auto-immune. J'ai une trentaine de médicaments à prendre et, en plus, je fais maintenant de
l'asthme. »
Lucy Fronzi, directrice de DMExtra explique : « Le projet permet de relier par Internet l'équipe soignante de GHC au pharmacien choisi par le patient. Ils partagent une partie de l'information clinique de sorte que le pharmacien puisse mieux conseiller son client selon ses antécédents médicaux. »
Grâce à l’accès à cette information, le pharmacien peut éviter de dangereuses interactions médicamenteuses et donner des conseils éclairés, basés sur un dossier médical à jour. Le pharmacien devient par le fait même partie intégrante de l'équipe soignante.
« Les pharmaciens nous disent que la plupart du temps, le fait d'avoir accès à l'information clinique évite les malentendus et interrogations sur la pertinence de telle ou telle ordonnance », indique le Dr David Crookston, médecin de famille qui a participé au projet et membre du Algoma District Medical Group au sein du GHC.
Le patient continue de recevoir son ordonnance sur papier pour qu'il sache ce qu'il a à prendre. La même prescription de médicament apparaît dans son DME pour que le pharmacien puisse l'analyser.
« Je crois que les médecins sont au courant des effets néfastes dus aux interactions médicamenteuses, souligne-t-il, mais comme c'est son métier, le pharmacien a une meilleure expertise sur la façon dont les médicaments interagissent entre eux. Il peut ainsi dire au médecin traitant : Avez-vous pensé qu'il pourrait se produire tel ou tel problème? Y a-t-il une alternative? Il s'agit là d'une collaboration très saine et axée sur la sécurité du patient. »
Sunny Loo, responsable de la technologie de l'information au sein de l'Ontario Pharmacists Association dit : « Le projet DMExtra de Sault-Sainte-Marie est d'une importance cruciale pour pousser plus avant cette technologie. Il sert de modèle d'innovation, d'intégration et de collaboration en matière de soins de santé. Notre tâche au sein du programme est de s'assurer que cette technologie puisse être utilisée partout au Canada. »
Pour les patients qui ont participé à ce programme-pilote, la collaboration entre leur médecin et leur pharmacien signifie un tout autre niveau de soins et de sécurité.
« J'aime beaucoup ça parce que le processus implique tout le monde », dit Karen Madill.
« Je n'ai pas à raconter mon histoire chaque fois. Ils connaissent mon dossier. Vous développez une relation plus étroite avec votre pharmacien et vous ne craignez pas de lui poser des questions. Et le niveau des soins est excellent. »


